Raqeeb

13 décembre 2018

Raqeeb

Model: Sanjeev

Le photographe indien, Raqeeb, utilise des portraits du corps pour subvertir les attentes traditionnelles de l’imagerie et de la sexualité masculines. Ses photographies célèbrent les hommes trop souvent exclus par l'homogénéité des médias populaires.

Où as-tu grandi ?

J’ai grandi dans une zone suburbaine du Bengale-Occidental, en Inde. C’était difficile d’être différent dans une société où toute différence est méprisée.

Comment t’es-tu intéressé à la photographie ?

Mon amour pour la photographie a commencé au collège où je me suis inscrit au programme de littérature anglaise. C’est au cours de mes années de collège que j’ai été accepté tel que je suis et j’ai commencé à m’ouvrir, à la fois pour m’exprimer et pour m’exposer à différentes opportunités.

Comment décrirais-tu le contenu de ta photographie ?

Ma photographie est une tentative de déconstruire notre vision de la sexualité masculine. La sexualité masculine dans la photographie traditionnelle indienne ne montre que la perfection du corps masculin avec des figures musclées stéréotypées. Je ne dis pas que c’est mal ; cependant, étant dans une position privilégiée, ces photographes professionnels devraient explorer de nouvelles avenues et voir les choses comme elles sont. Nous sommes tous imparfaits et ma photographie se concentre sur la perfection d’être imparfait. Je tiens à représenter une variété d’hommes, qu’ils soient des hommes minces ou des hommes féminins. Embrasser votre propre beauté est peut-être le thème récurrent de toutes mes œuvres.

D’où vient ton inspiration créative ?

Je pense que l’inspiration ne peut venir que de nous-mêmes. Nous pouvons admirer les œuvres des autres, mais c’est notre perception de la façon dont nous voyons les choses qui en ressortent. L’inspiration est aussi le résultat du soutien que je reçois. Les mannequins avec qui je travaille m’ont motivé à plus d’un titre ; je peux formuler les séries de photos à travers nos conversations – c’est une source d’inspiration majeure. Le soutien de mon partenaire, Kuku, et son approche indélébile de la critique minutieuse de mes œuvres m’inspirent également pour que je travaille mieux chaque jour.

Amal
Saatvik

Quel message veux-tu transmettre à ton public à travers ta photographie ?

Le seul message que je souhaite transmettre est de dire aux gens qu’ils sont parfaits tels qu’ils sont. Personne n’a besoin de changer quoi que ce soit, s’ils ne veulent pas. La société râle toujours contre eux qui sont trop gros ou trop féminins, mais la perception de la perfection dans la société ne peut jamais être réalisée car elle vit dans sa propre utopie. Sois toi-même, sois imparfait et aie confiance en toi!

Prateek

Comment ta photographie y parvient-elle ?

Je ne pourrais pas répondre à cela car il appartient au public de voir si la photograhie change ce qu’il pense de lui-même. Beaucoup de mes mannequins m’ont dit qu’ils ont commencé à embrasser leur corps comme il est et ils sont plus bien dans leur peau après avoir travaillé avec moi. Cela me fait me sentir mieux de pouvoir apporter des changements à quelques personnes.

Amal
Anaz

Comment explores-tu les thèmes du sexe et de la sexualité dans ta photographie ?

Le sexe et la sexualité, à mon avis, sont des choses très diverses. On ne peut pas les limiter catégoriquement dans des cases. Par conséquent, la seule façon pour moi d’explorer le sexe et la sexualité est d’aborder mes mannequins de manière décontractée : je leur parle et j’essaie d’apprendre à les connaître avant la séance de photos. C’est leur sexualité et leur sexe qui sont représentés sur les images ; il est donc très important d’avoir cette perception personnelle. En général, j’aime toujours explorer le côté féminin des hommes, parce que c’est ridiculisé et considéré comme inférieur. Mon seul objectif est de déconstruire l’idée que « l’homme conventionnel » soit l’acteur parfait, solide et sans tache dans un film.

Représentes-tu ton histoire personnelle dans ta photographie ?

Certaines de mes expériences personnelles s’infiltrent dans les œuvres. À mon avis, les expériences personnelles doivent figurer dans les œuvres, surtout si on les fait par passion et non par profession. Mon expérience de l’identité diabolique, mes expériences avec mes partenaires, mes années d’adolescence traumatisantes et la confusion qui règne au fil des ans au sujet de ma propre sexualité figurent toujours dans mes œuvres.

Forbidden Desires

Saatvik & Sukamal

Cette image est spéciale pour moi car elle a été publiée à une époque où le débat autour de la dépénalisation de l’homosexualité était à son apogée en Inde. Quelques mois plus tard, l’article 377 de l’IPC était décriminalisé et l’homosexualité n’était plus un acte illégal. La photo me rappelle la liberté que nous avons obtenue d’être avec qui nous aimons en dépit de la caste, des croyances et du sexe.

Dreaming of a Never Land

Cette photo est de ma première série où j’ai compilé des paysages ou la nature avec le corps humain. Cette image me tient à cœur car elle me rappelle les débuts de ma page, « daintystranger », lorsque je venais de commencer et que je recevais le soutien de nombreuses personnes. J’ai adoré la juxtaposition d’un visage humain sans espoir et l’espoir suscité par la « fleur de Kaash » (Saccharum spontaneum) qui évoque la signe avant-coureur du changement et de la fête au Bengale, où j’ai grandi. La « fleur de Kaash » que l’on voit sur la photo me rappelle mes jours dans mon village natal et indique également le fait que je me suis trop éloigné de cet endroit qu’il me tenait à cœur.

Quels projets as-tu à venir ?

Beaucoup. L’un d’entre eux est déjà en cours sur Instagram et s’intitule « Urban Spaces ». Il explore la position de l’identité dans les villes qui enferment chaque personne dans une salle 4×4. Un autre projet est un projet personnel basé sur mon expérience avec mon copain, qui a été diagnostiqué avec un trouble bipolaire. Les luttes, les joies et les incertitudes figurent dans l’œuvre. Il faudra peut-être un peu de temps avant de sortir le produit final car il me tient à cœur.

Merci, Raqeeb.

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L’interview originale a été menée en anglais et a été modifiée en raison de la concision et la clarté