Jean-Michel Landon
Linstable Photographie

19 septembre 2018

Jean-Michel Landon
Linstable Photographie

WE THE OUTLIERS interviewe le photographe Jean-Michel Landon (Linstable Photographie) sur ses clichés sociaux et humanistes de la vie à Créteil.

Comment Creteil a-t-elle influencé ta photographie ?

J’ai grandi à Créteil, dans le 94. J’y suis resté pendant près de 40 ans. J’habite Choisy-le-Roi depuis un an.
J’ai toujours aimé la photo mais je n’imaginais pas une seconde en faire mon métier. Un jour, j’étais posé à l’entrée d’un hall de la cité dans laquelle je bossais comme acteur social, et je regardais les gamins s’amuser. La ville parlait de vouloir détruire tous les bâtiments, et c’est là que je me suis dit : « Qui est mieux placé que nous pour traduire notre quotidien ? Qui se souviendra de la manière dont ont vivaient ? » C’est là que le déclic a eu lieu. J’ai acheté un appareil photo et mon premier cliché est né dans ce quartier.

Quel est le sujet de ta photographie ?

Je fais de la photographie sociale, humaniste. Je travaille souvent par thématique que je transmets sous forme de reportages. J’en ai réalisé trois qui étaient axés sur la vie des enfants et des jeunes adultes dans des quartiers populaires. Cela m’a pris six ans et l’aboutissement de ce long projet a été la réalisation et sortie d’un livre photographique – Une aventure inattendue. Je travaille aussi beaucoup avec les sans-abri et les réfugiés.  Tu l’auras compris, mon sujet est l’humain

Comment réalises-tu les clichés que tu veux?

Je ne fais quasiment que de la photographie instantanée. Je déambule dans les rues en étant le plus observateur possible et j’essaie de saisir un moment qui me parle. Ce peut être une émotion, un mouvement…

Qu’est-ce que tu veux dire avec tes photos ?

J’essaie de transmettre des messages et une réalité que beaucoup occultent. Je vois la photographie sociale comme un engagement. C’est même pour moi un acte militant. Je ne m’arrête pas au simple fait de photographier des Hommes. Il y a une démarche sociale. J’ai besoin d’apprendre à connaitre les personnes et l’environnement dans lequel je me plonge avant de faire un cliché. Par exemple, lorsque je fais des photos de sans-abri ou de réfugiés, je me pose avec eux, j’échange, j’écoute un bout de leur histoire et je leur explique ma démarche. Je leur reverse systématiquement 50% du prix de chaque photo vendue que les représente par le biais de l’association « Un p’tit peu beaucoup » que j’ai créé et dont je suis membre actif.

Comment ta photographie diffère-t-elle des représentations existantes de la cité ?

Les représentations erronées et les fantasmes sur la vie dans les cités datent depuis leurs créations, mais la télévision ne vomissait pas encore ces images ultra choquantes en boucle. Lorsque les médias ont décidé de s’emparer de ce sujet, il leur fallait du sensationnel et ils ont transformés des minorités en majorité. Si mon premier cliché est né dans une cité, ce n’est pas anodin. Je voulais transmettre, le plus objectivement possible, la vie telle qu’elle s’y déroule de l’intérieur.

Comment contestes-tu les stéréotypes de la cité ?

Je les conteste en montrant comme nous vivons. On ne peut pas être objectif en venant avec une caméra ou un appareil photo pour s’emparer d’un drame, le mettre en boite, rentrer à son boulot et dire: « Regardez ! C’est comme ça qu’ils vivent ! » Ça, c’est de la désinformation car ce n’est pas la réalité, mais une réalité, d’ailleurs très souvent déformée…

Qu’est-ce qui te motive à continuer à prendre des
photos ?

Ma passion pour les Hommes qui ont une histoire particulière. Mettre en lumière ceux qui sont plongés dans l’ombre. Il faut aimer les gens pour faire de la photographie humaniste.

Pourquoi les photos en noir et blanc ?

C’est venu naturellement à moi. Lorsque j’ai traité ma première photo, je ne me suis pas posé de question. Je pense qu’il y a là-dedans une part de nostalgie, voire de mélancolie.

En bas des blocs

Mes trois reportages se sont tous déroulés à Créteil. J’ai intitulé le premier « En bas des blocs ». Il a duré 3 ans (de 2012 à 2015) et s’est déroulé uniquement dans la cité des Sablières, qui a été entièrement démolie depuis. Je l’ai axé uniquement sur l’enfance – sur tous ces gamins qui jouaient aux pieds des tours. En bas des blocs, c’est ici que tout se passe, c’est une vie sociale extraordinaire.


Un été à la cité

« Un été à la cité » s’est fait de 2016 à aout 2018. Le travail était davantage intergénérationnel. J’y ai photographié les enfants mais aussi les adolescents et les jeunes adultes. Le but était de montrer comment les habitants qui ne partent pas en vacances occupent leur temps durant ces deux mois (juillet et aout). Il s’est déroulé à la cité des Sablières et dans le quartier Échat, toujours à Créteil


À l’ombre des tours

« À l’ombre des tours » est beaucoup plus sombre. Je me suis attelé à photographier le quotidien d’une vingtaine de jeunes du quartier Échat qui ont différentes problématiques (rupture scolaire, manque de repères, etc.) J’y montre tout ce qu’on ne peut pas voir de prime abord dans une cité : ces choses cachées et parfois tabous. Je l’ai commencé en 2017, et je devrais le terminer pour novembre 2018.

Qu’est-ce que tu as à venir ?

Je travaille sur un projet avec des réfugiés qui vivent dans un hôtel. Parallèlement à cela, je promotionne mon livre qui est sorti le 30 mai 2018. Seul, ce n’est pas évident.

Merci, Jean-Michel

Vous pouvez voir plus de Jean-Michel Landon (Linstable Photographie) sur son site et sur Instagram


L’interview originale a été menée en français et a été modifiée en raison de la concision et la clarté