Alexis Tsegba

28 juillet 2019

Alexis Tsegba

Réinventant les discours paternalistes sur l'Afrique, les collages afrofuturistes d'Alexis Tsegba défient les notions préconçues du continent et sa diaspora

J’ai grandi dans une petite ville appelée Makurdi, au Nigéria, où j’ai de très bons souvenirs d’enfance. Nous grimpions dans les arbres, nous mangions beaucoup de fruits sous les arbres avec nos amis, nous jouions à des jeux vidéo ou sur Lego, et nous participions à des concours de dessin que nous avions organisés nous-mêmes. J’ai déménagé à Abuja pour mes études secondaires, puis en Angleterre pour étudier le droit à l’université de Reading. J’ai ensuite fait une maîtrise en création et médias d’entreprise à l’université de Warwick. Je travaille actuellement en freelance entre le Nigeria et le Royaume-Uni.

Il est difficile de déterminer un moment précis où je me suis mise dans les arts visuels parce qu’ils ont toujours fait partie de ma vie d’une manière ou d’une autre. Mon père est architecte, et j’étais souvent très impliquée dans ses projets. Je regardais ses croquis d’immeubles et, quelques mois plus tard, je voyais sa vision se concrétiser lentement. J’ai commencé à apprendre à dessiner dès mon plus jeune âge. Pendant mes études secondaires, j’ai commencé à peindre. J’ai pris des photos en faisant mes études de premier cycle. Puis, tout en rédigeant ma thèse de maîtrise, j’ai commencé à faire des collages numériques.

Je tire une inspiration créatrice d’autres formes d’art, telles que l’architecture, la photographie, l’art abstrait et l’art du vingtième siècle. Cependant, la plus grande source d’inspiration vient probablement de l’expérience personnelle de la vie, de l’apprentissage et du désapprentissage, de toutes les émotions et de toutes les phases que je vis dans cette expérience et de ma traduction de la réalité.

J’écoute souvent beaucoup de R&B et de Soul quand je travaille. Actuellement, lorsque je veux me connecter à quelque chose, j’écoute les sessions live d’Amanda Black ou de Samthing Soweto. Je pense qu’ils sont géniaux. D’autres fois, j’écoute de la musique très traditionnelle comme le Zule-Zoo ou Getish Mamo. Je souhaite qu’il y ait plus de ça. Regarder les autres qui gagnent dans leurs propres champs m’inspire également de me donner à fond dans le mien. Donc j’aime regarder les sportifs faire ce qu’ils doivent faire et célébrer leurs victoires, surtout les footballeurs. En voyant l’effort qu’ils consacrent à ce qu’ils font et la diligence avec laquelle ils exercent et s’entraînent, ça me montre l’importance de combiner la passion, le travail acharné, et la constance. J’essaie d’appliquer cette éthique lorsque je fais de l’art. Partout où il y a de la passion, je veux être là, je veux regarder. C’est toujours sûr de m’inspirer.

La plupart des collages numériques que je réalise commence souvent par un portrait que j’ai pris ou que j’ai trouvé en ligne et qui me parle vraiment. Si c’est un portrait que j’ai pris moi-même, je l’éditerai généralement avec VSCO ou Lightroom. J’utilise ensuite Pixelmator pour la création des collages. Parfois, j’ai une idée très claire de ce que je veux réaliser avant de commencer à créer et d’autres fois je dois m’asseoir devant mon écran et attendre que quelque chose se produise. Après avoir regardé un portrait, je sais généralement quels éléments je voudrais inclure dans le collage. Celles-ci peuvent être des éléments naturels comme des arbres et des oiseaux ou des éléments synthétiques tels que des imprimés et des textures. En ce moment, je collabore avec quelques photographes portraitistes qui font des portraits spécifiquement dans le but de les transformer en collages. ​

La plupart du temps, j’espère que mes œuvres communiquent de l’amour, de l’espoir, de la joie et de la positivité. D’autres fois, j’essaie de remettre en question la perception du spectateur, de ce qu’il pensait être ordinaire afin qu’il réfléchisse sur lui-même, de ce qu’il pense être normal et de la raison pour laquelle il pense comme ça. J’essaie de montrer la « différence » sous un jour nouveau et pertinent. Je crois qu’encourager les autres à voir quelque chose qu’ils pensaient être si différent les aide de manière personnelle à la comprendre et à en changer les perceptions négatives. En fin de compte, j’aimerais que le spectateur ressente quelque chose d’assez fort pour quelqu’un ou quelque chose qu’il n’a jamais vu auparavant et donc il crée ses propres histoires pour chaque œuvre.

La théologie m’intéresse donc les thèmes et les symboles religieux apparaissent souvent dans mon travail. La théologie m’a donné un moyen de réinvention. Je réinvente tout: ce qui aurait pu être et ce qui n’a pas été dit. Les histoires théistes ont formé le fondement de mon imagination lorsque j’étais enfant et maintenant, j’ai tendance à m’y appuyer ou à creuser plus profondément pour trouver les racines avec lesquelles je suis le plus en contact. Je tord et plie les histoires qui ont été racontées d’une manière qui reflète le plus l’amour de nos jours.

Je pense que l’afrofuturisme contribue de manière significative à la redéfinition du discours de l’Afrique en tant que continent sombre ayant besoin d’être sauvé. C’est un mouvement d’art des Africains et des Africains de la diaspora qui est positive et responsabilisante. Je considère également que mon œuvre a trait à l’évolution des perceptions sur la manière dont les Africains, en particulier les hommes, expriment leur affection les uns envers les autres. Je crois qu’il est important de changer la notion selon lequel le fait d’être ouvertement, physiquement et émotionnellement affectueux est « non-africain ». J’essaie constamment d’imaginer ce que la vie pourrait être pour les Africains à un moment différent de maintenant. L’afrofuturisme est spécial parce qu’il me permet de montrer ce que pourrait être mon Afrique idéale. Pour la plupart de mes œuvres afrofuturistes, je sais souvent exactement à quoi je veux qu’elles ressemblent avant de commencer. La plupart du temps, j’essaie de transmettre une relation très personnelle et intimement liée entre les Africains, la technologie, la culture et la nature. Un monde dans lequel nous sommes plus gentils et plus attentionnés les uns envers les autres, tout en nous fiant à la technologie pour notre bénéfice mutuel ou pour améliorer les aspects de notre culture qui nous enrichissent toujours en tant que peuple. ​

Découvrez plus de Alexis Tsegba sur son Instagram


L’interview originale a été menée en anglais et a été modifiée en raison de la concision et la clarté